« Vos empreintes remontent à différentes identités, monsieur »

« Pouvez-vous décliner votre identité s’il vous plaît ?

– Algérien ! Pardon, Sofiane.

– Quelle est votre date de naissance ?

– 13 novembre 2000.

– Ah bah maintenant c’est plus septembre, c’est novembre.

– Non, c’est bien septembre pardon. »

Sofiane est un jeune homme, algérien donc. Derrière la vitre du box des prévenus, il se tient droit, les mains derrière de dos, une mèche de cheveux plaquée sur le front. Le 13 novembre 2018, Sofiane et sa mèche se promenaient, déterminés, place Gabriel Péri dans le VIIe arrondissement de Lyon. Une célèbre place connue pour grouiller de jeunes étudiants venus partager des pintes, de revendeurs de Marlboro et autres vendeurs à la sauvette.

Ce mardi, aux alentours de 20 h 30, Sofiane a été pris la main dans le sac. Littéralement. Des employés d’un supermarché ont, quelques jours plus tôt, signalé des allers-retours dans l’arrière-cour. Méfiants, ils préviennent la police, qui met le lieu sous surveillance. Le 13 novembre à 20 h 28, « un individu de type africain » se dirige vers le sac, tend les bras et récupère un rouleau de cellophane. La police veut l’interpeller. « Vous refusez de descendre des caisses en plastique sur lesquels vous êtes monté. », rappelle la présidente. Une fois descendu de son perchoir, Sofiane est appréhendé. Il donne une identité de personne mineure.

« Quand je suis arrivé en France, on m’a conseillé de dire que j’étais mineur.

– Et bien sûr, vous faites tout ce qu’on vous dit… ?! Vos empreintes remontent à différentes identités monsieur… »

Pensant pouvoir bénéficier de la protection accordée à tous les mineurs, Sofiane n’aura pas d’autres choix que de se soumettre à une expertise osseuse. Celle-là même qui indiquera qu’il a entre 19 et 21 ans. Sofiane est en France depuis un an et demi. Il dort à Vénissieux, mais ne sait pas préciser où. « Vers l’arrêt de tram », indique-t-il dans ses dépositions. Il travaille dans le bâtiment, payé au black.

« Vous indiquez que vous fumez deux joints le soir avant de dormir. Vous ne consommez pas d’ecstasy alors ?!

– Pas tout le temps madame. »

La cour du célèbre Casino, c’était sa petite routine. Aidé par un ami guetteur, il prétend avoir repéré la planque un mois plus tôt et s’y rendait régulièrement pour dérober quelques cachets d’ecstasy modelés en forme du célèbre chat Hello Kitty. Il conteste la revente.

« Comment expliquez-vous que le propriétaire des stupéfiants n’ait pas changé de cachette ?

– À chaque fois, je prends que cinq cachets.

– Mais là, vous aviez le sac complet dans les mains !

– Je voulais le prendre pour prendre un peu !

– Comment avez-vous trouvé des stupéfiants à cet endroit-là ? Parce que c’est quand même bien caché ! »

Avant ils les mettaient en bas, maintenant c’est en haut.

Pour la procureure, il n’y a pas vraiment matière à discuter.« Bon, le dossier est très simple, même si monsieur conteste, il a quand même été pris en flagrant délit. » Elle demande six mois de prison avec mandat de dépôt et une interdiction de territoire de dix ans contre Sofiane. Son avocat tente la discussion et insiste sur le fait qu’il n’y a « pas de cession, pas d’acquisition. Simplement un individu qui va se servir. » Pour lui, la peine requise correspond à une peine condamnant un trafic de drogue. Trafic contesté par Sofiane. « La situation de monsieur correspond à celle de beaucoup de personnes place Gabriel-Péri à la Guillotière. C’est un jeune homme qui n’a pas été aidé par le système de prise en charge des mineurs. »

Sofiane est reconnu coupable de détention de stupéfiants, et condamné à six mois de détention avec mandat de dépôt et interdiction de territoire pendant cinq ans.

— Camille Grange