« Je suis pas raciste, je déconnais ! Je suis breton, juste un peu con ! »

« Monsieur, vous êtes en visioconférence avec le tribunal de Lyon, comme convenu, hein. » Les yeux de la salle se lèvent vers l’écran. Les bras croisés, appuyés sur la table, Nicolas, 28 ans, salue son audience depuis la prison bretonne où il est détenu, pour des faits de vol avec arme, et violences. Sa voix grésille, son procès commence. « Vous n’avez pas d’adresse ? Celle de la prison ? Vous n’allez quand même pas mettre l’adresse de la prison sur votre carte d’identité ?! – Ah si, si, c’est déjà fait Madame la juge ! », répond-il, tout sourire. Son avocat le regarde, pas vraiment rassuré, comme s’il réprimait une forte envie de se cacher derrière ses mains.

« Je suis dans la rue, je suis marginal depuis 2007. » Nicolas, qui a arrêté l’école en 3e et a, quelque part dans son bagage scolaire, des diplômes obtenus lorsqu’il effectuait ses travaux d'intérêt général, va et vient, sur le tout territoire, mais surtout : il laisse des traces. Lors de son passage à Lyon, dans la nuit du 15 au 16 février 2018, Nicolas, 0,9 g d’alcool par litre de sang, tente de voler le scooter d’un livreur. Une victime un peu coriace qu’il a maîtrisée en lui apposant un crochet en métal dans le cou. La présidente montre une photo de l’objet et lit la déposition de la victime. « Vous lui avez dit que sa tête ne vous revenait pas parce que lui est maghrébin et que vous êtes breton. » Après avoir été interpellé ivre par la Bac, Nicolas, interrogé, louvoie : « Je ne me souviens pas de grand-chose. Si Monsieur K. déclare cela, c’est qu’il doit avoir raison. Je suis pas raciste, je déconnais ! Je suis breton, juste un peu con ! »

Face aux juges, Nicolas sert autre version : Il prétend que Monsieur K. les a accostés, lui et son ami, pour leur vendre de la drogue. Il développe : « Ça nous intéressait pas. C’était tôt dans la soirée parce que après je me souviens, on est retournés acheter de la bière. » Il précise qu’il n’était pas du tout question de voler son scooter, car « franchement, sinon, ça aurait largement pu se faire ! »

« Kenavo Maître »

« Si on arrive à le juger aujourd’hui, c’est parce qu’il est incarcéré ! Tous ses jugements interviennent quand il est en prison. », s’exclame la procureure. Le prévenu l'écoute attentivement, opine gravement. Plus tôt, la présidente a effectivement tenu à rappeler que Nicolas était un grand aventurier des tribunaux, un explorateur des salles d’audience : « Vous avez des condamnations à Angers, à Saumur, à Quimper, à Charleville-Mezières, à Figeac, à Mende, en Allemagne. Vous avez d’autres dates de jugement dans d’autres villes, d’autres tribunaux ? - Alors euh, oui, là je vais faire Saint-Malo le 14 novembre. »

L'avocat en défense se dit totalement surpris de la nouvelle version de son client. Avant de défendre l’homme, il accusera sa mémoire « plutôt évasive ». « Il a juste embêté le conducteur du scooter. Et puis ce crochet là, bon, ce n’est pas un croc de boucher non plus ! », minimise-t-il.

Nicolas est déclaré coupable et condamné à quatre mois de prison qui s’ajoutent à l’année qu’il purge actuellement. Il ne fera pas appel. « Ça vous va ? » demande la présidente. « Oui, oui –  Bon, très bien. Au revoir monsieur. » Nicolas marmonne. Devant l’incompréhension de la salle, on lui fait répéter. « Non rien, je disais juste “kenavo” à mon avocat, parce que je suis breton, voilà... Kenavo Maître ! »

— Camille Grange