« Je ne tue pas des personnes tous les jours »

Le chasseur mime le geste, prestement : « Je ne me souviens pas de l’éventration, sauf d’avoir utilisé mon couteau de casse-croûte. » William G., 38 ans, cheveux noirs coiffés d’une raie centrale bien dessinée, tente d’apporter des réponses. La présidente, agacée par l’imprécision de l’accusé : « Elle vient d’où cette idée d’éventrer ? – Je ne sais pas, d’une fable peut-être. Je voulais qu’il coule. »

Sur le banc des accusés, Audrey, la sœur du criminel, baisse la tête. Son petit frère a tué son ex-compagnon, presque sous ses yeux. « Il s’agit d’un crime de sang multiplié par trois », estime l’avocat général : un tir, des coups, une éventration. Plus de quatre ans après la mort de Jean-Paul Q., la fratrie G. doit s’expliquer devant la cour d’assises de la Drôme.

Cette nuit du 30 au 31 octobre 2014, Audrey G. a invité un ami à son domicile de Montmeyran (Drôme). Son frère les a rejoints. Ils trinquent, rient, fument des cigarettes, un joint pour William. Audrey essaie d’ignorer son téléphone qui n’arrête pas de sonner. La jeune femme n’en peut plus, son ex-compagnon la harcèle. William G. finit par décrocher. « Il voulait savoir ce qu’Audrey faisait (…) J’ai menti, je lui ai dit qu’elle dormait. Il voulait à tout prix que je la réveille. Le ton est monté (…) Je lui ai fait comprendre que ça ne servait à rien de venir. »

William finit par dire : « Ben vas-y, viens. » À peine a-t-il raccroché, il monte à l’étage et s’empare de son fusil de chasse. « Il était plein de nerfs au téléphone, je me suis préparé au cas où il viendrait, j’en avais une peur bleue. » Armé, il se « poste » derrière sa camionnette. Le chasseur guette l’arrivée de l’ex-compagnon de sa grande sœur. Les mains tremblantes, Audrey G. sort fumer une cigarette avec son ami. La lumière de la cuisine éclaire la cour. Autour, le noir profond de la campagne drômoise.

« Je n’étais plus moi-même »

« Quand j’ai vu les feux (de la voiture, ndlr), je me suis dit, ça y est, il arrive. » Audrey peine à poursuivre son récit, un malaise l’envahit. Plein phare sur les fumeurs, le chauffeur sort de son véhicule « comme une furie ». « J’ai vu Jean-Paul Q. s’approcher de ma sœur, j’ai tiré deux coups dans le mur pour le faire fuir (…) j’avais peur. » Mais Jean-Paul Q. se retourne pour faire face au tireur : « Tire si t’as des couilles », aurait-il dit. « Mon frère a tiré », se désole Audrey. La victime tombe au sol, haletante. « J’avais super peur, se souvient Audrey. J’ai tiré mon ami par la manche pour rentrer dans la cuisine. » Les deux n’assistent pas à la scène suivante, mais ils l’entendent. William G. frappe à coups de crosse le crâne du blessé. « Je n’étais plus moi-même. »

La suite est décousue, rapiécée par des éléments d’enquête. Audrey explique être restée prostrée sur son canapé tandis que son frère « s’occupe du corps », sans en savoir davantage. William avoue être resté un long moment dans son camion, le corps de sa victime à l’arrière, ne sachant pas quoi faire. Vers cinq heures du matin, il choisit les eaux du barrage de Charmes-sur-Rhône pour se débarrasser du cadavre. Le récit est imprécis bien qu’il reconnaît avoir dénudé Jean-Paul Q., l’avoir éventré et jeté à l’eau. S’il peine à donner des détails, il assure que sa sœur, accusée de recel de cadavre, ne l’a pas aidé. La présidente s’irrite : qu’avez-vous fait avant de vous rendre aux berges, avez-vous traîné le corps par les pieds, où avez-vous jeté les vêtements de la victime, pourquoi éventrer… « À telle heure, à telle seconde… J’étais en état de choc Madame. Je ne tue pas des personnes tous les jours ! » L’accusé défend sa bonne foi : « Lors de la reconstitution, j’ai fait mon possible pour vous apporter des éléments malgré mes pauvres souvenirs. » La présidente, s’adressant à la cour : « Quand il prend la décision de faire disparaître le corps, il est très lucide. »

« C’était un accident ! »

Le jour d’Halloween 2014, un pêcheur découvre le corps de l’homme éviscéré, à moitié immergé. Cinq mois après les faits, William G. avoue son crime, forcé par la déposition soudaine de l’ami d’Audrey. Si sa culpabilité ne fait aucun doute, la cour se questionne : a-t-il prémédité son acte ? Dix minutes séparent l’échange téléphonique des coups de fusil. Dix minutes durant lesquelles William G. a pu préparer son dessein criminel, le faisant passer de meurtrier à assassin.

La présidente s’interroge avant tout sur la présence d’une arme chez Audrey G. Son frère avait-il envisagé d’utiliser son fusil contre le harceleur de sa sœur ? L’accusé secoue la tête. Il nie toute préméditation. Un duel s’instaure entre la présidente et l’accusé. L’une veut des réponses, l’autre ne convainc pas. « Je dors souvent chez ma sœur. J’y laisse mes affaires. (…) J’ai chassé quelques jours avant, j’ai laissé mon fusil sous le lit. »

Le teint est blême dans le box des accusés. William sent que tout est contre lui. Question rhétorique de l’accusation : « N’avez-vous pas lancé une sorte de défi à Jean-Paul Q. en lui disant de venir ? » L’avocat général reprend les termes de l’accusé qui « se poste » derrière son camion, prêt à tirer, attendant de surprendre sa victime comme un chasseur le ferait avec du gibier : « Ce comportement, je le nomme embuscade. » William G. ne peut entendre cela, répétant que ce sont des automatismes de chasseur, que cela ne révèle en rien une intention homicide. « J’avais peur, serine-t-il. Je voulais lui faire peur avec mon fusil. »*

Il se défend : il a tiré deux fois dans le mur pour le faire fuir et une fois dans sa direction lorsqu’il s’est approché de lui. « C’était un accident ! » ne cesse-t-il de répondre. L’expert en balistique est appelé à la barre. Il est formel : il n’y a pas eu trois coups de fusil mais deux, dont un a manqué sa cible et a fini dans le mur. Intransigeant, l’œil fixe, le spécialiste assure que la sommation est un tir en l’air, laissant entendre que tout le monde sait cela. William G. se retient d’intervenir, tente de parler, se fait reprendre par la présidente dont le seul regard suffit à comprendre qu’il doit se taire. William persiste. « Un coup de sommation, c’est un coup qui ne blesse personne, je veux le faire fuir en tirant dans le mur ! » s’acharne à expliquer le chasseur. La défense interpelle l’expert : « Votre définition est basée sur des référentiels des forces de l’ordre. » Le procureur général est de l’avis du technicien : l’accusé visait Jean-Paul Q., il l’aurait manqué une fois. L’arme, l’embuscade, la surprise, « moi j’appelle cela de la préméditation », tranchera l’avocat général.

Éviscéré vivant

Après les tirs, la folie s’empare de William G. : 14 coups de crosses de carabine sont détectés sur le crâne fracassé de la victime. L’agresseur dit être « devenu fou » en repensant à tout ce que Jean-Paul Q. avait fait subir à sa soeur. Il avoue vouloir le tuer à ce moment-là. Les parties civiles murmurent entre elles le nombre 14 tout en lançant des regards réprobateurs vers le box des accusés. On parle d’acharnement d’un côté de la salle d’audience. Puis des cris de stupeur retentissent. Le médecin légiste affirme que le coup de feu n’était pas mortel. La victime était en vie lors des quatorze coups de crosse de carabine.

William G. le savait. Il évoque le dernier souffle de sa victime après les coups. Sauf que le médecin légiste est formel : Jean-Paul Q. était inconscient, mais encore en vie après les coups de crosse. L’accusé relève brusquement la tête à cette annonce. Les yeux écarquillés, il s’étonne en silence. Il écoute attentivement les conclusions médicales. Une des filles du défunt embrasse et caresse la photo de son père qu’elle tient serrée dans sa main. Les parties civiles pleurent, s’enlacent, se consolent. Jean-Paul Q. a été éviscéré vivant. Les membres de la famille Q. se soutiennent. Les bancs se vident. Davantage lorsque la présidente de la cour choisit de diffuser les photos du corps de la victime. Le crâne est « fracassé », les viscères s’échappent de l’abdomen éventré sur 30 cm. Long silence.

« J’ai vécu une vie de merde »

Audrey G. s’avance à la barre. Petite, cheveux très longs, elle raconte sa vie avec Jean-Paul Q., père de leurs trois enfants. Elle n’a que 18 ans lorsqu’elle choisit de partir vivre avec lui, de 15 ans son aîné. Audrey G. concède avoir été « amoureuse, jeune et bête », séduite par son bagou. S’en suit une vie de femme battue, pendant 17 ans.

D’abord des violences physiques à répétition, notamment à chaque fois qu’elle fumait, car « ce sont les putes qui fument selon lui ». Il lui interdisait de sortir, contrôlait ses tenues vestimentaires, la tapait pour un oui ou pour un non, jusqu’au coma. « Il s’excusait et recommençait, confie Audrey G. J’ai vécu une vie de merde. » L’expertise psychologique révèle que les liens de l’accusée envers la victime sont toujours présents et ambigus, que dans ce type de couple, l’un est dans un fonctionnement sadique (une volonté de faire mal) et l’autre subit, emprisonné par des liens d’amour. Une relation qualifiée de « sadomasochiste » dont il est difficile de s’extraire selon les spécialistes.

Mais Audrey G. ne raconte pas tout de son calvaire. Christine G., mère des deux accusés, témoigne. Elle relate les violences subies par sa fille : les coups alors qu’elle était enceinte de six mois, ses seins et son ventre bleus, le pneumothorax après avoir laissé Audrey dans un puits, le visage défiguré, les cigarettes qu’elle devait manger. Le récit est entrecoupé de pleurs, de cris et de hurlements. Christine G. raconte son impuissance et le silence de sa fille justifié par la honte et la culpabilité. Seules les traces physiques étaient parlantes.

En mai 2013, Audrey décide de quitter Jean-Paul Q. Sa mère l’accompagne récupérer ses affaires, suivie par son petit frère Kevin. Christine G. poursuit : « Je lui ai dit que ça fait 15 ans qu’Audrey souffre. Il me répond "Ferme ta gueule", m’attrape et me met de grands coups de poing et un coup de pied dans les parties intimes. Je l’ai gazé avec ma bombe (…) j’étais pleine de sang (…) », et d’ajouter en pleurs et en criant : « Il a attrapé Kevin, j’ai paniqué, je l’ai tapé, c’est la première fois que je tape quelqu’un, à 50 ans ! (…) Il est allé chercher son fusil, j’ai pris les enfants, on s’est caché derrière une maison, mais Kassandra [la plus grande de leurs filles, 13 ans, ndlr] a couru vers son père. Quand elle est revenue, elle m’a dit : "T’inquiètes pas Mémé, il va pas te tuer, je l’ai calmé !" »

« J’étais sa chose »

Après la séparation, les insultes sont toujours quotidiennes, les coups, « ce n’était plus tous les jours après être partie », précise Audrey. Mais les violences persistent, s’intensifient même : il s’introduisait chez elle violemment, l’étranglait pendant son sommeil, l’épiait sans cesse quitte à monter sur le toit, la harcelait au téléphone (457 appels en octobre 2014), lui interdisait de recevoir du monde, etc. « J’étais sa chose (…) plusieurs personnes pensaient qu’il aurait pu me tuer (…) il n’acceptait pas la séparation. » La quadragénaire ajoute que les violences verbales sont peut-être pires.

Aucune plainte n’a été reçue par les forces de l’ordre, contrairement aux nombreuses mains-courantes. Il faudra attendre septembre 2014, un mois avant l’homicide pour qu’une plainte soit enregistrée par la gendarmerie. Dans la cour de sa maison, une table avec un couteau planté dans un cœur. Audrey G. lui dit qu’elle ne reviendra pas. L’arme finit dans sa gorge. Jean-Paul Q. devait comparaître devant la justice en mars 2015. Le Bâtonnier Yvan Flaud (en défense) s’insurge de la lenteur de la justice, supposant qu’un meurtre aurait pu être évité. Dans le box des accusés, William G. approuve d’un hochement de tête discret.

De la part des témoins cités par la défense, la cour entend : l’amour, pour Jean-Paul Q., c’est la possession, il voulait l’égorger, il la suivait, elle était démunie et malheureuse, sa femme était sa propriété. Un ami de Jean-Paul Q. avoue qu’il avait peur qu’il la tue. À plusieurs reprises le médecin de famille a constaté les coups reçus par Audrey G. Culpabilisant de ne pas avoir pu faire davantage, il avoue ne pas avoir été étonné qu’il y ait un mort dans cette histoire de violences conjugales, « j’aurais pensé que ce serait Audrey ».

« Violente », « force de la nature », la mauvaise réputation de la victime est bien connue à Montmeyran, petite commune de moins de 3 000 habitants où tout le monde connaît tout le monde. Jean-Paul Q. n’a pas échappé aux rumeurs. L’homme est dépeint par les témoins comme quelqu’un de « violent », bagarreur, une « force de la nature » malgré sa petite taille (1 m 63), quelqu’un qui n’a peur de rien ni de personne, toujours un chapeau sur la tête, de longues moustaches tombantes jusqu’au menton, boucle d’oreille. Ferrailleur, il savait s’imposer par la force. Sa réputation le précédait.

« Il devait être fort pour faire tomber toutes vos dents ? »

Abandonné par sa mère à l’âge de 4 ans, placé en foyer, il a grandi dans la violence. Les jurés perçoivent la force de la victime lorsqu’est présentée la photographie d’un homme défiguré par les seuls poings du ferrailleur. Le visage est tuméfié, ensanglanté. Le quinquagénaire avait « construit sa légende », intervient Maître Guillaume Fort pour la défense.

« C’est pas vrai », « mensonge », « n’importe quoi », laissent échapper les filles et les amies de Jean-Paul Q. au fil des témoignages rapportant la brutalité du ferrailleur. La famille Q. reconnaît qu’il était une personne « stricte et dure » dotée d’un « sens de l’honneur » qu’il ne fallait pas trahir, mais insiste sur son côté généreux et serviable. L’ex-femme du défunt explique que leur vie commune n’avait rien à voir avec celle vécue par Audrey. Elle confirme qu’il fallait que ça file droit, qu’il a pu être violent, mais qu’il ne l’a « pas envoyée aux urgences tous les jours ». Maître Yvan Flaud s’interroge sur la violence d’un coup de poing au visage : « Il devait être fort pour faire tomber toutes vos dents ? » Réponse : « Oh. Pas toutes. Deux seulement ! Les autres sont tombées plus tard [à la suite du coup ndlr] ». Elle informe qu’elle a déménagé à 90 km de Jean-Paul Q. à sa séparation, ne comprenant pas pourquoi Audrey n’a pas fait de même (l’accusée explique être restée proche de Monsieur Q. pour préserver l’équilibre des enfants).

Qu’est-ce qui pousse un frère à tuer ? « Pourquoi quelqu’un qui n’est pas sadique tue ? » questionne l’avocat général. William G. apprend ce que sa sœur subit après sa séparation d’avec Jean-Paul Q, soit 18 mois avant l’assassinat. Une amie du défunt rapporte avoir entendu dire William G. « qu’il allait l’éventrer, lui couper ses parties et les jeter dans le Rhône », mais que « ce sont des mots », qu’elle ne voit pas William porter quelqu’un jusqu’aux berges « etc. », « quand on voit William, comment aurait-il pu… C’est une crevette ». Au-delà de son physique, William G. est décrit comme quelqu’un de pacifiste et jovial, malgré son passif de toxicomane.

L’accusé répète que ces actes ne lui ressemblent pas. Il rappelle à la cour la violence de Jean-Paul Q. sur sa sœur, sa famille, l’inconnu au visage défiguré. Il indique que lui ne sait pas se battre et que le soir des faits il a eu peur que Jean-Paul Q. retourne l’arme contre sa sœur ou lui lorsqu’il s’est approché dans sa direction. Il souligne qu’un mois auparavant sa sœur avait un couteau dans la gorge… « J’avais peur pour ma sœur (…) J’avais une peur bleue de Jean-Paul Q. » L’accusé ajoute que s’il avait voulu le tuer, il l’aurait fait avant et sans témoin. Il ne cesse de parler « d’accident », de peur, de sa sœur à protéger.

William G., qui n’a manifesté que peu d’émotion tout au long de l’audience, s’ouvre au troisième jour du procès : « Je suis là pour vous dire la vérité. C’est la haine qui a pris le dessus, je suis devenu fou (…) je fais des cauchemars tous les jours (…) je fais un travail avec le psychologue pour comprendre ce que j’ai fait. La mort de Monsieur Q. est horrible. À l’heure d’aujourd’hui, je voudrais qu’il soit en vie. Je m’en veux réellement. J’ai laissé sept enfants sans père. » Il retient ses larmes.

15 ans de réclusion criminelle

« On n’est pas loin de la barbarie », plaide Maître Boy, un des six avocats représentant les dix parties civiles. Acte de « sauvagerie », « déchaînement de violence », « acharnement », résonnent dans la salle d’audience, accentuant les pleurs ininterrompus de la famille Q. L’avocate dénonce une « mascarade », expliquant qu’il ne doit pas s’agir d’un débat sur les violences conjugales. Elle s’insurge du procès fait à Jean-Paul Q. Elle ajoute qu’une femme victime de violences conjugales a d’autres solutions que de tuer son bourreau, en l’occurrence éteindre son téléphone, déménager, déposer plainte, contacter des associations. Pour Maître Ponsertgent, partie civile, Jean-Paul Q. a été « flingué comme un lapin », en plus d’avoir été « humilié » du fait de sa nudité et de l’éventration.

Jacques Dallest, avocat général, évoque l’absence de mobile crapuleux, « un mobile altruiste nous dit-il [l’accusé, ndlr], je ne vois pas d’autre motivation ». L’accusation précise qu’on a tous « une capacité de violence en nous », et que certains basculent dans l’acte. En l’espèce « l’alchimie haine/peur » a été le pire des cocktails et le catalyseur du passage à l’acte. Quant à Audrey G., il rappelle que « la peur est un sentiment qui inhibe », raison pour laquelle les femmes victimes de violences se taisent, que malgré la violence la femme se convainc de l’amour de son bourreau. Il ajoute qu’Audrey G. n’a pu que se sentir soulagée de la mort de son ex-compagnon. Les deux délits (recel de cadavre et modification d’une scène de crime) sont néanmoins retenus par l’accusation.

En défense, Maître Guillaume Fort souligne « l’hyper contrôle » du défunt sur toutes ces femmes (son ex-femme, ses filles et Audrey), « ça s’appelle la tyrannie ». Il étaye cet argument en rappelant l’abandon maternel vécu par Jean-Paul Q. qui justifierait son besoin de contrôler la femme. La défense note l’importance du décès du troisième enfant de la famille G., notamment dans la construction des relations fraternelles. Le bébé n’aurait survécu que quelques mois, Audrey avait huit ans, William six. Ce drame les aurait rendus fusionnels et aurait ajouté une peur, pour la fratrie et les parents : perdre à nouveau un enfant. « Nous ne sommes pas dans un procès où l’homme agit, nous sommes dans un procès où l’homme réagit », plaide Maître Alain Fort pour expliquer le comportement de William le soir des faits, alimenté par son instinct protecteur et sa peur. Maître Guillaume Fort démontre que son client « a voulu faire peur autant qu’il avait peur », en tirant en direction de la victime et non en l’air, rappelant sa qualité de chasseur confirmé qui n’aurait pu louper sa cible.

William G. est condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour assassinat. Audrey G. est acquittée sur le recel de cadavre et condamnée à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour modification de la scène de crime, notamment pour avoir nettoyé le sang dans la cour et avoir réparé le mur endommagé par l’impact de la ou les balles.

— Maïlys Breteau