Il brûle sa fille avec un sèche cheveux, et recommence « pour vérifier »

Alors qu'il lui séchait les cheveux, il appliqua le sèche-cheveux sur ses fesses, la gauche et la droite. La petite cria de douleur, puis elle pleura. Lentement la peau se boursoufla, mais il recommenca quelques jours plus tard. Pour vérifier.

Ce jeudi 19 octobre 2017, Monsieur X. était jugé en « comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité », dite CRPC, pour violences sur sa fille.

Le principe de la CRPC, comme son nom l’indique, c’est qu’elle n’est possible que lorsque le prévenu reconnaît être coupable de ce qu’on lui reproche. Ce matin, quatre ans après les faits, et bien qu’il ait accepté la peine proposée par le procureur, le discours du père n’a rien d’évident. Cet ouvrier se tient la tête rentrée dans les épaules, on ne voit même pas son cou. Face à lui, et en dépit de cette posture repentante, madame Delatronchette, par ailleurs juge des enfants, n’a pas homologué la peine aisément :

« Cette procédure m’a assez interloquée, je l’avoue. Vous reconnaissez les faits ?

- Oui, la première fois on jouait dans le bain et j’ai fait la bêtise de jouer avec le sèche-cheveux.

- Dans le bain ?

- Non, non, après. Je lui séchais les cheveux, et puis je rigolais et je l’ai appuyé sur ses fesses. Excusez-moi, je suis traumatisé.

- Celle qui est traumatisée, c’est votre fille, monsieur. »

« Et elle a peur des sèche-cheveux désormais. »

Il se dit « traumatisé » et c’est sûrement vrai, mais pourquoi n’a-t-il consulté un psychiatre que pendant deux mois ? « Le docteur m’a écouté, j’ai beaucoup parlé, je m’en veux, j’y pense tous les jours, mais le docteur a stoppé, il m’a dit que ce n’était plus nécessaire. » Sur ce point, absolument personne ne peut le croire, car lorsque la maman, en août 2013, découvre les fesses de sa fille comme marquées au fer, qu'elle s’affole, sollicite pédiatre et dermatologue, que se passe-t-il ? Le père va broder une histoire de maison hantée, d’extra-terrestres, puis, lorsque l’hypothèse du sèche-cheveux émerge, eh bien :

« On n’a pas pensé que c’était le sèche-cheveux, il a fallu vérifier », et « pour vérifier », il brûle sa fille une seconde fois. Le malaise qu’on ressent est parfaitement inhabituel en CRPC, audience plus légère que la correctionnelle, et c’est pourtant l’orientation que le parquet a donné à ce dossier, pour des raisons qu’on ignore. « Et vous recommencez… », répète la juge.

La maman met cinq jours avant de porter plainte. Choquée, elle commence par passer le père « dehors », puis elle se rend à la gendarmerie. Ce délai suffit aux magistrats pour qu’ils nomment une administratrice ad hoc, au conseil départemental : Florence Baillet est chargée de s’assurer des intérêts de l’enfant tout au long du parcours judiciaire, jusqu’à l’obtention des dommages et intérêts qui lui seront versés à sa majorité.

Maître Ravat Sandre intervient pour l’administratrice ad hoc (qui elle-même est là pour l’enfant, six ans aujourd’hui) : « On ne sait pas ce qui a pu le conduire à ces deux gestes, on ne comprend pas. Il monte une histoire de maison hantée : cela indique que quelque part en lui il se sentait coupable de quelque chose. Le préjudice subi par l’enfant est évident, doublé de l’incompréhension que ça vienne de son papa, et elle a peur des sèche-cheveux désormais. » L’avocate demande 1 200 euros de dommages et intérêts. Maître Lamain parle pour la mère : « Il monte un scenario paranormal et… il la brûle de nouveau ! Il faut des garanties, l’obligation de soins me paraît essentielle. » Elle demande 500 euros pour la maman, qui souhaite essentiellement, en se constituant partie civile, être reconnue comme victime.

« Je pense qu’il y a eu de la méchanceté dans votre geste, une volonté de lui faire mal »

Maître Bibard convient que lui non plus il ne comprend pas… « Mettre une gifle à un gamin parce qu’on est excédé, ça peut arriver, mais ici on a du mal… » Mais il s’oppose « avec la plus grande fermeté » à la constitution comme partie civile de la mère, « elle avait trop peur qu’on lui enlève ses enfants » (la mère le dit aisément, après l’audience, oui elle a eu peur de cela, mais ce n’est pas arrivé), et l’avocat pousse le bouchon jusqu’au bout : « Elle ne pense qu’à elle et a l’effronterie de venir battre monnaie, alors que le parquet a mandaté un administrateur ad hoc parce qu’il n’a pas confiance dans sa capacité à en prendre soin ». En réalité l’administrateur ad hoc n’a pas de regard sur le quotidien et l’éducation, il ne remplace pas les parents : il se substitue à eux uniquement dans le cadre de la procédure, quand un enfant est victime d’une infraction pénale, il représente ses intérêts, en dehors des enjeux intra-familiaux.

La juge homologue la peine proposée par le parquet et acceptée par le prévenu : il est condamné, pour faits de violences sur mineur, à huit mois de prison assortis d’un sursis mise à l’épreuve de deux ans, avec une obligation de soins. Il va rester sous main de justice pendant deux ans. Il devra payer 1 200 euros pour sa fille, et 300 euros pour son ex-femme. Il continuera pour l’instant à voir sa fille dans un centre, en présence d’une éducatrice.

La juge n’en a pas pour encore fini avec lui :

« Assumer ses actes, c’est parfois compliqué, mais c’est nécessaire. Votre fille se posera des questions, il faudra travailler avec le psychiatre, parce qu’il faudra trouver les mots. Il s’agit de violences et non de jeu, monsieur. Je pense qu’il y a eu de la méchanceté dans votre geste, une volonté de lui faire mal. Nous ne comprenons pas que vous ayez recommencé ce geste. »

— Florence Saint-Arroman