« C’est peut-être un échec de la société, c’est triste »

Cette chronique a été initialement publiée dans la revue Sang-froid.


Hassan et son avocate

Hassan et son avocate. Dessin : Emilie Oprescu

Hassan repousse le micro et tousse très fort. « Je voulais pas tousser dans le micro. – C’est délicat de votre part, note le président. Ce qui l’est moins, c’est que vous voliez le portefeuille des gens. » Avec ruse et sans vergogne, cet homme de 55 ans a détroussé des vieilles dames et des vieux messieurs. Il dérobe, au sortir d’un grand magasin, les cartes bancaires de Marie-France, 70 ans, Raymond, 62 ans, Claudine, 79 ans, leur fait savoir et leur indique un numéro d’opposition. Lorsqu’ils l’appellent, Hassan demande son code secret avec une voix de banquier (qui n’est certainement pas la voix rauque et fatiguée d’Hassan), et voilà. Jusqu’à ce que les caméras le repèrent, qu’il soit pris en filature et facilement interpellé à un péage.

Il tousse : « Je suis honteux, je suis désolé, j’ai pas fait ça pour moi. Je sors de 14 ans de prison, je suis en liberté conditionnelle, le procureur me l’a dit, les quatre ans qu’il me reste seront révoqués. » Hassan, condamné pour « importation de cocaïne en bande organisée », est fini, anéanti, liquidé. Il s’explique sans espoir : « En sortant de prison, je devais subvenir aux besoins de mes deux filles handicapées à 100 %. » Hassan travaille beaucoup et donne à ses filles, mais également au Trésor public et aux douanes, qui lui ponctionnent chaque mois des centaines d’euros, car Hassan, en plus des 14 ans de prison, a été condamné à des centaines de milliers d’euros d’amende. « Je versais 200 euros aux douanes. J’ai expliqué ma situation, ils ont suspendu les prélèvements. Mais le Trésor public a refusé. » Hassan perd son travail, reçoit finalement des aides pour ses filles, sur lesquelles le Trésor public se sert. Faible et aux abois, il vole.

« Mais regardez les achats, c’est que du manger, des trucs pour les enfants. » Le procureur, qui demande quatre ans ferme, rappelle qu’Hassan « a fait le choix de la délinquance, c’est peut-être un échec de la société, c’est triste. » Il dénonce un « mode opératoire organisé », et souligne : « Une chose est sûre, le Trésor public ne le lâchera pas. Et c’est normal. » L’avocate d’Hassan tente de lui éviter la prison, et enfin, Hassan conclut : « Si vous me laissez une chance, je ne récidiverai pas Monsieur le président, pour au moins une seule raison : mes enfants, il leur reste deux ans à vivre. » Il prend quatre ans ferme.

— Julien Mucchielli