Une comparution immédiate en deux actes

Acte I

La chambre des comparutions immédiates du palais de Justice de Paris. Large pièce lumineuse aux murs boisés. À droite, les prévenus assis dans le box. Derrière chacun, un gendarme assis. Au fond, le tribunal, surplombant la salle. Le président assis au centre. Sur la gauche, aussi en hauteur, la procureur, assise. Au centre, les avocats, assis ou debout.

Poussé par un gendarme, le prévenu se lève, le gendarme derrière lui aussi. Son avocat rejoint le banc de la défense et reste debout devant le dossier. Le président et la procureur restent assis.

Le président (lisant) : Vous vous appelez Steven M., vous avez 29 ans. Vous êtes ici pour avoir conduit un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre, dans les faits, 0,56 milligramme.

Le prévenu (d'une voix grave) : Oui, monsieur.

Le président : Souhaitez-vous être jugé aujourd'hui ou plus tard, pour préparer votre défense ?

Le prévenu (interrogeant du regard son avocat) : Oui, monsieur, aujourd'hui.

Le président : Vous avez le droit de faire des déclarations, de répondre aux questions qui vous sont posées ou de vous taire. Vous avez compris ?

Le prévenu : Oui, monsieur.

Le président : En garde à vue, vous avez dit avoir bu deux coupes de champagne et ne pas avoir su être au dessus du taux légal. Vous reconnaissez les faits ?

Le prévenu : Oui, monsieur.

Le président : Si vous passez en comparution immédiate, c'est en lien avec vos condamnations précédentes. Vous en avez tiré des conséquences ?

Le prévenu : Oui, monsieur, j'en ai tiré des conséquences.

Le président (élevant la voix) : Alors pourquoi vous n'arrêtez pas ? Vous attendez de faire des handicapés ?

Le prévenu : Non, monsieur.

Le président : Aux enquêteurs vous avez dit que vous consommiez de l'alcool de manière festive et non problématique. Vous avez des problèmes avec l'alcool ?

Le prévenu : Non, monsieur.

Le président (renfrogné) : Festif, festif… après ça dépend combien de fois on fait la fête. Passons à votre casier. Vous avez 10 condamnations, depuis 2004. (il égrène) Violences… conduite sans permis… outrage… blessure involontaire par un conducteur sans permis… conduite en état alcoolique et sous stupéfiants… Ya pas aussi une histoire de transport de stupéfiants le 18 juin 2015 ? Une condamnation à 10 mois ?

Le prévenu (réfléchissant) : Oui, monsieur, mais je dois faire appel.

Le président : Bon… vous êtes père d'une petite fille. Vous avez un CDI ? (s'étonnant)

Le prévenu : Ouais.

Le président : Asseyez-vous. La parole est à madame le procureur.

Le prévenu s'assied, la procureur se lève

La procureur (d'un ton énervé) : Si vous vouliez savoir si vous étiez au dessus du taux, vous pouviez vous munir d'un éthylotest qui a été rendu obligatoire par la loi [NDLR : aucune sanction ne vient punir son absence]. (se tournant vers le tribunal) Monsieur se fiche un peu des décisions de justice : condamné le 10 juin, on le retrouve le 20 juin alcoolisé au volant de sa voiture. (s'adressant au prévenu en le pointant du doigt) Vous attendez de tuer quelqu'un ? Les accidents, ça n'arrive qu'aux autres ? Je demande six mois de prison avec confiscation du véhicule. (elle s'assied)

L'avocat (mollement) : Ses condamnations pour infractions routières sont des faits anciens, datant de 2008 à 2011. Aucun sursis avec mise à l'épreuve ne lui a été accordé auparavant pour des faits liés à la circulation. Je préconise un accompagnement pour qu'il prenne toute la mesure de son addiction légère et des conséquences de ses actes. Parce qu'une voiture, c'est aussi un outil de travail. Sans, mon client serait handicapé, alors que ça fait un an qu'il tient son CDI.

Le président : Levez-vous. (le prévenu se lève) Est-ce que vous comptez dire quelques mots pour votre défense ?

Le prévenu : Non, monsieur le juge. (il se rassied)

La sonnerie retentit. Procureur, prévenu, avocats et public se lèvent. Le tribunal se retire pour délibérer.

Acte II

Le tribunal rentre. Tout le monde se lève, puis se rassied. L'avocat reste en retrait, travaillant un autre dossier.

Le président : Steven M. (le prévenu se lève). Le tribunal vous déclare coupable des faits qui vous sont reprochés et vous condamne à la peine de six mois de prison ferme sans mandat de dépôt. Le tribunal ordonne la confiscation du véhicule et l'annulation de votre permis de conduire. Le tribunal prononce une interdiction de repasser le permis de conduire pour une durée de six mois. Affaire suivante. (le prévenu est emmené par un gendarme par la porte du box)

— Cosme Buxin