Une affaire de moins pour Sarkozy

« Passons à l’affaire de Daniel D. contre Nicolas Sarkozy. » Les curieux qui assistent à l’audience se frottent les yeux. Après des conflits de voisinage ou de diffamations entre particuliers, vont-ils assister à l’une de ces affaires d’état dont nos médias sont gorgés ? Monsieur D. s’avance à la barre. Pas de tapis rouge mais c’est tout comme. Le public le décortique, comme une vedette.

Il est pourtant banal Daniel. Petit grassouillet, K-way taupe. Ses fines lunettes se dressent sur un visage qui vire au rouge. Haletants, les badauds croquent le marmot : mais que veut-il à Sarko ? Ils ne vont pas être déçus. Atteinte à la dignité. Atteinte à la vie privée. Atteinte à la correspondance. Abus d’autorité en tout genre. Non dénonciation de crimes. Trafic d’influence passif. Vols de courriers. « Vous réclamez un million d’euros de dommages et intérêts — Non, dix millions », corrige Daniel. « Je me suis embrouillée dans les zéros », s’excuse la présidente. Stupeur. Ça va être chaud pour 2017, pense-t-on, les yeux ébahis.

Brouhaha dans la salle. On se regarde. On s’interroge. Qui est ce mystérieux Daniel D. ? La présidente apporte un début de réponse : « Vous reprochez à monsieur Sarkozy de vous avoir placé trop souvent en hôpitaux psychiatriques. » On se regarde. On comprend. De sa voix douce, la présidente nous remet les pieds sur terre. Daniel n’a pas toute sa tête. Et le procès auquel on assiste n’aura même pas une brève dans les journaux.

Daniel a porté plainte contre l’ancien président en 2006. Usé toutes les voies de recours. En avril dernier, il a été jusqu'à demander le renvoi de l’affaire en cour d’assise. Faute de « preuves accablantes », il a du renoncer à ce beau projet. Mais son rêve est tenace : voir Sarko quitter le prétoire, entravé et escorté par des gendarmes.

« Un vrai psychopathe », susurre une jeune femme au dernier rang. La présidente et ses deux assesseurs eux, écoutent. Sans broncher. La suspension d’audience dure un quart d’heure. Un record de rapidité. Et la présidente de conclure : « La cour rejette toutes les plaintes et relaxe Nicolas Sarkozy. » Le visage tourmenté, Daniel quitte la chambre sous les regards mi amusés, mi désapprobateurs. La vedette est déchue.

— Félix Roudaut