« Une actrice X, un frotteur, cette affaire c’est "Pigalle la nuit" »

Miloud a une double vie. Il fréquente deux femmes, l’une en Espagne, l’autre en France. « Vous nous dites que ça fait 18 mois que vous faites des allers et retours, cela ne nous regarde pas », entame la présidente. Depuis le box des prévenus, Miloud jette dans la salle des regards éperdus vers une brune émue, sa dame de Paris, qui malgré tout semble s’inquiéter pour son Marocain de 29 ans.

Il y a dans l’histoire une troisième femme, actrice X de profession, absente à l’audience. Elle se trouvait dans le métro parisien, ligne 2, vers la station Anvers quand ses fesses furent prises pour cibles par un « frotteur ». Deux policiers en civil, dont la mission exclusive est de traquer les hommes qui se frottent sur les dames dans les transports, ont repéré et interpellé Miloud, qui nie. La présidente : « Vous êtes prévenu d’avoir commis une agression sexuelle en caressant la victime au niveau des fesses, avec votre main, mais pas seulement. » Miloud se dresse, proteste fermement, prétexte : « Les secousses, ça devait être les secousses. »

« J’ai ressenti une boule qui se déplaçait entre les fesses et la raie »

Le procès-verbal d’interpellation est minutieux. Dans l’équipage, un policier observe la victime, l’autre l’agresseur. Le dernier repère un mouvement de droite à gauche, style essuie-glace, qui va et vient sur le derrière de l’actrice. Elle raconte : « J’ai ressenti une boule qui se déplaçait de gauche à droite sur une amplitude de 15 cm, entre les fesses et la raie. Puis, une main s’est calée dans ma raie. » Le prévenu n’est pas d’accord : « Il y a eu une bousculade, j’ai dû me coller à elle. » Il dit que c’est sa sacoche. « Je n’ai pas pu faire ça, je ne suis pas malade ! » Les médecins qui l’ont examiné ont pourtant relevé un profil psychopathique. « Mais aucun soin n’a été recommandé », s’étonne la présidente.

Miloud campe sur son excuse de la sacoche baladeuse. Il renâcle à s’étendre sur les faits, nie vigoureusement, et les trois semaines de détention provisoire qu’il vient d’effectuer n’y changent rien. Alors la présidente poursuit sa lecture des PV : « Question du policier : Comment étaient les fesses de l’actrice ? Réponse : Je ne sais pas. Question : Avez-vous des pulsions sexuelles ? Réponse : Pas avec des personnes que je ne connais pas. » Miloud a déjà été en prison pour des faits similaires, il est par surcroît sous le coup d’un sursis de trois mois. En fin de PV, le policier note : « Il s’est bien frotté à la victime. Je n’ai jamais interpellé quelqu’un qui n’a rien fait. »

« Il dit que c’est la sacoche qui a fait le coup, mais comment envoyer la sacoche en prison ? »

Le procureur, Miloud et son avocate (Illustration : Clarisse Le Chaffotec)

Le procureur est embêté. « Vous auriez donc là un innocent aux mains pleines, mais pleines de quoi ? » D’une sacoche. « Il dit que c’est la sacoche qui a fait le coup, ce qui est consternant pour la sacoche. Le problème, c’est comment envoyer la sacoche en prison ? » Il demande six mois ferme - pour Miloud - et la révocation du sursis « pour que toutes les actrices soient tranquilles ».

En défense, l’avocate s’amuse : « Une actrice X, un frotteur, Pigalle, cette affaire c’est "Pigalle la nuit". » Elle n’insiste pas trop et s’alarme du sort de son client : « On va le renvoyer à Fresnes avec les difficultés liées aux auteurs d’agression sexuelle. Rendez-vous compte, il n’a même pas dit à son co-détenu la raison de sa détention. » Elle demande au tribunal de réfléchir à une alternative à l’enfermement. Le tribunal médite une bonne heure et condamne Miloud, après la suspension, à la peine requise.

— Julien Mucchielli