Un coup de tête, deux flics à terre : « Il a fait un strike ! »

Un bon look le Stéphane ! Petit, trapu, la vingtaine tassée. Et puis cette chevelure : longue, noire, hirsute et bouclée, barbiche de métalleux et collier de barbe reliant ses tempes à ses lèvres. À mi-chemin entre Tim Burton et un fan du Hellfest. La présidente résume les faits. Une énième embrouille éclate entre Stéphane et sa copine, tous les deux bien bourrés. Insultes, cris, vitres qui se brisent : tout l’immeuble en profite. La police, prévenue par la voisine, intervient. La copine ouvre, en pleurs, un gonflement sous l’œil gauche. Les agents saisissent Stéphane, qui leur répond par un coup de tête. L’un se le prend dans le nez : quatre jours d’ITT. L’autre tombe par terre et se blesse à la main : un jour d’ITT. Stéphane, lui, prend quatre jours.

Stéphane (illustration : Pauline Dartois)

Quelques heures plus tard, Stéphane quitte son salon pour la 23e chambre. Celle des comparutions immédiates. Révérencieux, il assume tout en se dédouanant : « Ce n’est pas ce qui s’est passé, mais je reconnais les faits », lâche-t-il. N’est pas stratège qui veut. La présidente s'inquiète : « Ça a l'air d'être des relations bizarres entre vous… – L’amour, c’est l’amour ! » répond Stéphane. Rires jaunes dans la salle. Il le jure, il ne l’a pas frappée : il a éclaté une vitre « pour la calmer parce qu'elle était hystérique », puis l'a poussée sur le lit. « C'est là qu'elle a du se cogner. »

« Il a du se cogner quelque part. »

La faute incombe à sa copine. Aux policiers aussi, « d’une rare violence ». « Quand je lis leur déposition, s’exclame Stéphane, j’ai l’impression d’être acteur de films d’action. » Il plaide l’accident : « Le coup de tête n’était pas volontaire. Pour celui qui s’est blessé à la main, ce n’est pas moi. Il a du se cogner quelque part. » Longue, la liste des responsables s’étend à ses employeurs : « Si je n’ai pas d’emploi, c’est que je n’ai jamais trouvé d’employeurs stables. »

Bourré de projets, Stéphane ne désespère pas. Son rêve ? Bosser comme convoyeur de fonds ou dans la « haute sécurité ». Il veut d’ailleurs effacer son casier pour y parvenir. On le comprend : outrages, rébellion, violences, conduite sous stupéfiant… Il a de la chance, cette fois, sa copine n'a pas porté plainte : il avait été condamné en 2012 à six mois de prison pour l'avoir frappée en état d'ivresse. La présidente souligne ses difficultés avec l’alcool. Stéphane jauge, réfléchit à une porte de sortie : « C’est mon avocat qui m’a dit de dire ça. En ce qui me concerne, je ne considère pas en avoir. » L’hilarité gagne la salle.

« Vous n’êtes pas DRH, monsieur le procureur ! »

Le procureur, énorme mèche blonde cachant son front, un faux air de Patrick Juvet, toussote avant de prendre la parole. « Regarder la vérité en face, voilà qui ferait du bien au prévenu », déclare-t-il d’un ton monotone. Travailler comme convoyeur de fonds ? « Certainement pas ! » Dans la haute sécurité ? « Certainement pas ! » Effacer son casier ? « Certainement pas ! » Prenant en compte le désir de Stéphane de s’en sortir, il appelle néanmoins à la clémence : six mois de prison dont cinq avec sursis mise à l’épreuve (obligation de soins) assorti d’un mandat de dépôt.

« Il a blessé deux fonctionnaires de police avec un coup de tête. Il a fait un strike quoi ! » L’avocat de la défense commence fort. Attaque le récit des policiers : ce sont à ces professionnels de maîtriser une interpellation, pas aux prévenus ! Il s’en prend maintenant au procureur : « Des TIG lui permettraient de s’insérer dans la société. Peux-être pas comme convoyeur de fonds. Mais après tout, vous n’êtes pas DRH, monsieur le procureur ! »

Stéphane a la parole en dernier. Il se dit « outré d'en être arrivé là » : « Depuis ma jeune enfance, j'ai toujours aidé les autres, je n'ai jamais agressé qui que ce soit. » La présidente le coupe : serait-il prêt à effectuer de nouveau des TIG ? Grandiloquent, Stéphane répond : « Ce serait un honneur pour moi. »

Après une courte suspension : Stéphane échappe à la prison. Il est condamné à huit mois avec sursis, 240 heures de TIG et 1 400 euros de dommages et intérêts. Vu son pedigree, Stéphane peut sourire.

— Félix Roudaut