Quatre braquages pour payer ses dettes

Janvier 2012. Des policiers arrêtent Patrice : il a perdu tous ses points de permis. Affaire banale, individu inconnu des fichiers, mais ils prennent quand même ses empreintes digitales. Et surprise ! elles correspondent à celles laissées lors du braquage d'un magasin Naf Naf à Paris début 2008. Branle-bas de combat, Patrice est placé en garde à vue. « Et là, vous avouez spontanément trois autres vols à main armée », raconte l’assesseure ce 4 mai 2015, sept ans après les faits.

Une seule partie civile : sa dernière victime. Marie-Laure, une petite blonde d'une cinquantaine d'années, s'avance vers la barre en béquille. A l'époque, elle était vendeuse chez Etam. Lorsque Patrice la braque, elle simule un malaise. « Il a demandé s'il fallait appeler les pompiers », continue l'assesseure. « Je suis juste venue pour vous, explique Marie-Laure au tribunal. Et pour monsieur (le prévenu, NDLR), pour l'aider à tourner une page… »

Patrice ? Rien à voir avec les braqueurs de séries policières. Pas bien grand, un peu costaud, mais plus des hanches que des épaules, il ne fait peur à personne. À la barre, sa voix tremblotte. Le stress sûrement. Il avait arrêté les braquages « à cause de la peur ».

prévenu, avocate, victime
À gauche, le prévenu. Au centre, son avocate. À droite, Marie-Laure, la victime. (illustration : Clarisse Le Chaffotec)

Le problème de Patrice : les dettes, beaucoup de dettes. « J'ai tout essayé, j'étais désespéré, j'étais allé à la banque, j'avais demandé à mes parents… » L'assesseure s'énerve : « Vous pensez que tous les gens qui ont des difficultés financières décident de commettre des vols à main armée ? – En plus ça n'a rien arrangé du tout », répond Patrice les yeux baissés.

25 000 euros de crédits à la consommation

Patrice avait contracté pour 25 000 euros de crédits à la consommation, pour acheter deux voitures, pour lui et sa femme. Silencieuse jusque là, la présidente Isabelle Pulver prend la parole : « Quand on n'arrive pas à gérer son budget, on n'achète pas de voitures ! Parce que là on nous raconte du Zola. » Sauf que Patrice travaillait de nuit : il devait rentrer à temps pour amener ses trois enfants à l'école.

Mais la présidente ne l'entend pas de cette oreille. Le couple gagnait 2 900 euros. « Plus toutes les aides ! s'exclame-t-elle. Tous ceux qui ont une bonne gestion arrivent à s'en sortir avec vos revenus. Je ne dis pas que c'est pas difficile. Il n'y aurait pas aussi un écran plasma ? Non ? »

Après les faits, Patrice a essayé de s'en sortir. En plus de son boulot de nuit à la RATP, il a fait des extras comme cuisinier. « Vous ne pouvez pas vivre aux crochets de tout le monde tout le temps », réplique la présidente. Mais ses problèmes financiers ont eu raison de son mariage. Après une tentative de suicide, il tombe en dépression. Aujourd'hui, entre 400 et 600 euros sont saisis chaque mois sur son salaire (il est devenu contrôleur RATP).

« Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

Dès le début de son réquisitoire, le procureur rappelle la chance de Patrice : les faits ont été requalifiés en vols avec violence, lui évitant les assises pour vols avec arme – l'un des braquages est ainsi prescrit. Il pointe certains angles morts du dossier : l'arme n'a jamais été retrouvée. Patrice jure qu'il s'agissait d'un « pistolet à bille en plastique ».

Le procureur le reconnaît, le prévenu est « parfaitement inséré, pourtant, il faut envisager la sanction. » Il hésite : « Est-ce qu'il doit dormir ce soir à Fleury-Mérogis ? Si aujourd'hui on l'envoyait derrière les barreaux, on aurait trois enfants qui perdraient leurs ressources. » Il demande quatre ans, dont deux de sursis simple. Sans mandat de dépôt. « Vous jugerez peut-être ces réquisitions trop indulgentes… »

« Un personnage d'une gentillesse extrême »

Que pourrait rajouter la défense ? L'avocate de Patrice remercie le procureur et se concentre sur la personnalité de son client : « Un personnage d'une gentillesse extrême, un bon père de famille devenu lâche face à ses difficultés financières. » Puisque « préserver l'emploi et la famille, c'est la principale garantie contre la récidive », elle demande du sursis et la non-inscription sur le casier judiciaire.

S'il n'a rien à ajouter sur l'affaire, Patrice veut profiter des derniers instants de l'audience pour s'excuser, encore une fois, auprès de Marie-Laure.

Après 45 minutes de délibération, le tribunal condamne Patrice à quatre ans de prison, dont 30 mois avec sursis simple, sans mandat de dépôt, ni inscription au casier judiciaire, et 1 140 euros à payer à Marie-Laure. À la sortie de la salle, l'ancien braqueur et sa victime se saluent. « C'est bien que vous soyez venue », la remercie l'avocate.

— Cosme Buxin