« J'appelle les Bretons à renouer avec la sensibilité contemplative de notre race »

Boris Le Lay, Finistérien de 36 ans originaire de Rosporden, bourgade située entre Quimper et Concarneau, est un ultranationaliste breton, autoproclamé « hyper-raciste » et « fasciste », qui, recherché par la justice française, se cache depuis plusieurs années au Japon, d'où il continue, chaque jour, à souiller le web avec sa page Facebook Breiz Atao et son compte Twitter.

Jeudi 8 juin 2017, celui qui a déjà été condamné à neuf reprises en huit ans pour incitation à la haine raciale, provocation à la discrimination, incitation au crime et menaces de mort, doit de nouveau comparaître devant ses juges du tribunal de grande instance de Quimper, et ne viendra pas. Au Japon, la rumeur lui prête une activité de crêpier, alors qu'en France, de la prison ferme attend d'être mise à exécution à son encontre.

Boris Le Lay avait notamment écopé de six mois ferme en mai 2015 pour avoir diffusé sur le net une vidéo d'un racisme outrancier à l'encontre de Yannick Martin, sonneur noir du bagad (groupe de musique traditionnelle bretonne) de Penhars, à Quimper. Même topo contre Fatou Mano, substitut du procureur de la République de Quimper, au cours d'une énième audience où il devait à nouveau répondre de ses actes.

« Tu l'aimes bien ton équipe de nègres, sac à merde de journaliste »

Ce 8 juin, ce sont quatorze séries de faits qui lui sont reprochées. Au total, plus de 23 « articles » publiés sur son « site » et une vidéo YouTube. Et dans lesquels il multiplie les provocations à la haine ou à la violence en raison de l'origine, de l'ethnie, de la nation, de la race ou de la religion des personnes auxquelles il s'attaque. « Le Lay n'a pas le courage de ses opinions », abonde Me Jean-Marc Fedida, l'avocat du journaliste Guy Birenbaum, une des victimes. À l'issue d'un match de foot France-Allemagne, le journaliste avait félicité le gardien allemand et souligné la qualité de jeu des joueurs français. Le Lay avait commenté en ligne : « Tu l'aimes bien ton équipe de nègres, sac à merde de journaliste. »

Parmi les autres parties civiles, la Ligue des droits de l'Homme et la Licra. Leurs représentants s'insurgent contre des propos d'une haine absolue : « Je veux le fascisme parce que le fascisme a honoré l'espoir des peuples libres », « Je veux l'Europe blanche, c'est à dire la seule Europe », « J'appelle à détruire la République française. J'appelle les Bretons à renouer avec la sensibilité contemplative de notre race. »

Pierre Maille, alors président du conseil général du Finistère et Nathalie Sarrabezolles, qui l'a remplacé depuis, se sont faits traiter de « métèques » : il est socialiste, la « vermine socialo-communiste », fustigée par Le Lay à longueur de temps perdu. Tout comme Marie Gueye, conseillère départementale, le conseiller départemental et adjoint au maire de Brest Reza Salami, d'origine iranienne ou encore Marie-Andrée Clovis et Stéphane Angibeaud, candidats Europe Écologie - Les Verts aux départementales dans le canton de Rosporden. Que leur reproche-t-il ? De na pas être blancs, de ne pas être catholiques, d'avoir des idées de gauche : « Détruire la gauche passe par la croisade, le fanatisme et la cruauté. »

« Penseur du mal »

Tangy Louarn, président de l'association de défense de la langue et de la culture bretonnes Kevre Breizh, a lui aussi fait les frais de cet homme que Thierry Lescouarc'h, le procureur de la République de Quimper, qualifie de « penseur du mal ». Il lui avait reproché son soutien au projet de construction d'une mosquée à Quimper.

Comme l'exprime à la barre Catherine Aubry, représentante de la Ligue des droits de l'Homme, « il doit être extraordinairement pénible de vivre avec autant de haine en soi. Quand monsieur Le Lay sévit, c'est notre paix sociale qui est remise en cause ».

La présidente Mylène Sanchez explique qu'après les nombreuses plaintes déposées, les enquêteurs finistériens sont allés perquisitionner le domicile familial de Rosporden. Ils ont alors trouvé un ordinateur caché, équipé d'un logiciel qui permet d'éviter toute identification. L'ordinateur était allumé, le navigateur ouvert sur la page d'administration de Breiz Atao. Le problème, c'est que ce site est hébergé au Texas. « De son côté, Facebook refuse de collaborer en l'absence d'atteinte physique », s'agace le procureur. Contre ces propos « immondes et abjectes qui donnent la nausée », il requiert quatre ans de prison ferme et la poursuite des mandats d'arrêt.

Thierry Lescouarc'h profite de son réquisitoire pour faire taire des rumeurs qui prétendraient que Le Lay pourrait être caché en Bretagne. Peut-être même à Rosporden, peut-on entendre dans les versions les plus folles. Il se trouve bien à Tokyo, car le procureur, qui a lui-même signé la convocation à ses trois nouveaux procès, envoyée au Japon en recommandé, a reçu l'accusé de réception juste avant l'audience.

« C'est juste l'expression pusillanime d'une pensée détestable »

Des recherches ont été diligentées sur commission rogatoire pour le localiser. En vain. Me Fedida souligne « l'extraordinaire persistance de Le Lay dans la délinquance depuis huit ans. Il emploie son temps à répandre des propos qui appellent à la haine et la discrimination. Voire aux crimes contre l'humanité. Et ça continue. Mais attention, ce n'est pas parce que Guy Birenbaum a porté plainte contre lui qu'il considère qu'il a de l'importance. Le Lay, c'est juste l'expression pusillanime d'une pensée détestable. »

Pour Me Lucie Brémond, avocate de la Licra, « il est impératif de ne pas tomber dans la banalisation ». S'il n'y avait que les écrits et les photos, florilège de tombes creusées et de cibles dessinées sur la tête de ses boucs émissaires. Mais il y a aussi les vidéos, flots de paroles nauséabondes lancinantes qui s'affichent dans des monologues interminables. Comme celle qui incrimine l'école publique d'Elliant, près de Concarneau. La directrice, profitant du fait d'avoir un enfant arabe en classe, a mis en place une signalétique quadrilingue dans son école : français, breton, anglais et arabe. Dès le lendemain, Le Lay parle d'une « islamisation de l'école » dans une vidéo. Comme l'explique son avocat, Me Fabrice Petit, « elle continue, encore maintenant, de recevoir des coups de fils d'une violence assez extrême ».

Son confrère Me Pierre Rustique, avocat de deux élus incriminés, va plus loin : « Le racisme, c'est une contrevérité, un non-sens, un délire aussi stupide que de dire que la Terre est plate. La Bretagne est un prétexte : la réalité, c'est un déversement de haine. Ce n'est qu'un bloc de haine. » Un bloc de haine au discours structuré, décrypte Me Petit : « Il a un discours délirant, mais extrêmement travaillé, car on retrouve une culture du fascisme des années 30 dans la bouche d'un trentenaire. C'est la même configuration que ceux qui appellent au Jihad et au terrorisme. Il faudra à un moment donné l'arrêter physiquement. » L'avocat est persuadé que le prévenu a des complices. Il est extrêmement bien renseigné, depuis le Japon, sur ce qui se passe localement, en Bretagne : Boris Le Lay écrit sur le net et se cache, son « réseau » intimide et harcèle sur le terrain. « Deux lycées ont également été mis en cause pour leur volonté d'ouverture sur le monde », égraine la présidente Sanchez : « À Quimperlé, tous les lycéens contraints de célébrer le métissage », avait titré Breiz Atao.

Après les avoir mis en délibéré pendant trois semaines, le tribunal de Quimper a rendu ses trois jugements le jeudi 6 juillet : deux ans et huit mois ferme au total. Maintien des mandats d'arrêt et obligation d'indemniser ses victimes pour un total de près de 32 000 euros.

— Pierre Fontanier