« J'ai beaucoup changé, même les policiers le disent ! »

Il y a eu des menaces envoyées par SMS. « Je vais te niquer, je vais te taper », cite la présidente du tribunal, non sans difficultés - « J'ai du mal à lire en langage SMS… » Puis des photos de corps démembrés, de femmes décapitées, prises sur un site de narcotrafiquants mexicains et postées sur la page Facebook de la victime.

Dans le box des prévenus, un jeune gars plutôt fluet, cheveux courts et moustache tombante façon Machete. Placé en garde à vue au début de l'été, jugé dans la foulée en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Périgueux pour des faits remontant au mois de décembre.

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Le prévenu. (Illustration : M. T.)

À cette époque, Philippe venait de purger six mois de prison ferme pour avoir attaqué sa compagne avec des ciseaux. Il était encore sous le coup d'un sursis avec mise à l'épreuve, au cours duquel il avait interdiction d'entrer en contact avec elle. Des SMS de menace ont pourtant été envoyés à la jeune femme du téléphone de la nouvelle compagne de Philippe, ainsi que des photographies de cadavres, cette fois par Facebook, avec le compte de Philippe lui-même.

« Est-ce que vous reconnaissez avoir envoyé ces menaces ? » demande la présidente au prévenu de 29 ans. Philippe ne répond pas directement à la question, mais sa réponse s'apparente à une négation. « Elle a été jalouse quand j'ai eu une nouvelle compagne. Elle a commencé à me faire des problèmes pour me renvoyer en prison. » La magistrate tique. « En garde à vue, poursuit-elle d'un ton sec, vous avez reconnu avoir envoyé les photos pour les montrer à votre fils. Mais quel âge il a, votre fils ?! » « Un an et demi », répond Philippe tout de go, sans visiblement comprendre qu'il n'est pas des plus naturels de prendre pour imagier des photos de démembrement et de décapitation.

« Je voulais aller dans la Légion pour tuer »

Le casier judiciaire du jeune homme ne plaide pas non plus en sa faveur. Une dizaine de condamnations pour vol, délit routier, recel… La présidente s'arrête sur 2010. « Violences sur personne ayant une mission de service public. » Avant l'agression aux ciseaux de celle qui était alors sa compagne.

La violence revient dans le dossier de ce prévenu comme une ritournelle. Un rapport psychiatrique de mai 2016 fait état de la fascination du jeune homme pour « la violence, le sang ». « Vous avez déclaré au psychiatre : "Je voulais aller dans la Légion étrangère pour tuer". Ce n'est pas banal », remarque la présidente.

Le parcours de Philippe, lui non plus, est loin d'être banal. Ses parents biologiques, mexicains, ont été tués par les cartels de la drogue quand il était tout petit. Il a été adopté à cinq ans par un couple de Français après avoir un temps erré seul avec ses frères dans son pays d'origine, selon ses dires. À l'adolescence, il a connu les foyers, car « j'avais des problèmes psychologiques, ils n'arrivaient pas à me gérer ». Il n'a jamais pu travailler, touche l'allocation adulte handicapé, même si aucun trouble psychiatre n'a été décelé. « J'ai… j'ai beaucoup changé !, clame-t-il depuis le box avec son léger bégaiement. Même les policiers de Périgueux, qui me connaissent, m'ont dit que j'avais changé ! »

« Elle répond "beurk" aux photos de cadavres »

La victime a demandé 1 000 euros au titre du préjudice moral. Elle vit dans l'Oise, ne s'est pas déplacée à Périgueux, déclare avoir toujours peur de son ex. Mais la jeune avocate du prévenu s'interroge sur la réalité de ce sentiment. « Elle se contente de répondre "beurk" aux photos de cadavres qu'il lui envoie », lâche-t-elle, sarcastique. Elle ajoute que c'est elle qui, la première, est entrée en contact avec son client. Juge les menaces de mort en langage SMS (celles que la présidente a eu tant de mal à lire) « illisibles » et demande la relaxe du prévenu pour ces faits.

Pas assez pour convaincre le tribunal, qui condamne Philippe à la peine réclamée par le parquet : six mois de prison ferme avec maintien en détention (il était incarcéré depuis le mois précédent et jusqu'au début du mois suivant dans le cadre d'une autre procédure). Il devra également payer les 1 000 euros sa victime. « Je les ai pas », maugrée Philippe en se laissant emmener.

— Mathilde Tournier