« Il n’est pas fou, il n’est pas rationnel, il est Yoni Palmier »

L’avocate générale Béatrice Angelelli n’a « pas besoin des aveux » de Yoni Palmier pour requérir la peine maximale à son encontre. « J’ai suffisamment d’éléments matériels à charge qui mettent en exergue une signature unique pour les quatre assassinats. »

Entre-temps, jeudi après-midi, les deux avocats de l’accusé ont dû plaider. Au contraire du réquisitoire dont chaque ligne aurait pu être écrite par un spectateur assidu, personne dans le public n’était capable d’imaginer ce qu’ils allaient bien pouvoir dire en défense de l’horripilant monsieur Palmier.

En premier, maître Laurent Carruso approche son physique de catcheur prêt de la barre. « On ne peut pas dire que monsieur Palmier ait beaucoup aidé ses avocats », débute-t-il, pour bien souligner le fardeau qu'il porte. Alors Me Carruso entreprend de retracer l’enquête qui commence par le désastre Michel Courtois, un temps suspecté, mis en examen et écroué pour le premier meurtre. Et à demi-mot, tente de dire à la cour : « S’il y a eu une erreur, pourquoi pas une seconde ? » D’autant que Yoni Palmier ne reconnaît pas les assassinats. Tout au plus a-t-il admis sa responsabilité dans le premier.

On déduit des propos de Me Carruso qu’il plaide la complicité dans l’assassinat du 27 novembre 2011, l’acquittement dans les autres. Mais sa ligne n’est pas claire, comme s’il n’osait pas, et sa plaidoirie confine par moment à l’amphigouri. Il peine à entraîner l’auditoire dans son labyrinthe : il picore des éléments par-ci, par-là, « les témoignages divergents sur sa couleur de peau », que l’avocate générale avait déminé le matin. Relativise l’importance du courrier « Nior K », lettre écrite par Yoni Palmier mais « signée » par « Nior K », coupable imaginé par l’accusé. Monsieur Palmier est rapidement identifié comme l’auteur du propos qui détaille soigneusement plusieurs des crimes. « Il ne fait que répéter ce qu’il a dit en garde à vue le 12 avril », tente Me Carruso. Et comme pour mieux instiller le doute dans l’esprit des jurés, l’avocat achève, laconique : « Je vous demande de vous poser les questions et de décider. »

« Mais je suis pas un héros, moi, j’suis un ancien gros »

À Me Julien Fresnault de redresser la « cote personnalité » de son client. Expliquer le « mystère Palmier », éclairer la part d'ombre d’un faisceau d’empathie, exposer le Yoni Palmier que lui, son défenseur, a pu connaître en dehors de cette audience durant laquelle il fut si désagréable. Il faut rendre l’accusé moins inquiétant, moins dangereux, le réintégrer dans son humanité. À Me Fresnault de s’attaquer au quantum perpétuel de la peine requise et surtout à la rétention de sûreté, mesure rarissime dont le principe même est très discuté – et que l’avocat peut espérer faire rejeter.

Il commence par « rappeler quelques vérités ». Sur sa « prétendue » intelligence, que la partie civile n’a cessé d’avancer pour dénoncer le cynisme, la « toute puissance narcissique » de son client : « Je crois que c’est une façade. M. Palmier fait sien les propos des autres. Quand il déclare : "Je n’ai pas d’empathie, je suis égocentré", franchement, qui écrit ça ? Personne. C’est une éponge, il est dans le mimétisme, il ne sait que répéter. Il pense en dictionnaire. »

Sur son attitude (« Vous nous avez énervé pendant trois semaines », avait tonné l’avocate générale) : « On le dit dans l’hyper puissance, le surhomme façon fin XIXe siècle. Vous savez sa réaction à ces propos (tenus par les experts, ndlr) ? "Mais je suis pas un héros, moi, j’suis un ancien gros." C’est quelqu’un qui a de l’humour. Ça ne se voit pas l’audience, mais il a de l’autodérision. Ça, ça me rassure. »

Les conclusions des experts, ensuite : « Il n’est pas fou, il n’est pas rationnel, il est Yoni Palmier. Ce qui me gène dans ces expertises, c’est qu’on ne parle que d’hypothèses et qu’on a tendance à l’oublier. C’est un château de cartes très agréable intellectuellement, mais ça reste des théories. »

Des solutions ? « Il n’y en a pas beaucoup en terme judiciaire. On nous propose aujourd’hui de l’oublier, de le laisser dans son coin. On lui met la rétention de sûreté en plus de perpétuité, mais il faut comprendre que perpétuité avec 22 ans de sûreté, c’est bien perpétuité, et pas 22 ans ! »

Yoni Palmier, qui est-il ? Un serial killer ? « Un mec banal qui a eu une vie à côté de la vie. » Qu’est-ce qu’il n’est pas ? « Mégalomane, machiavélique. Ce n’est pas un monstre, quelqu’un d’inhumain, un personnage extraordinaire. Il est seul, hanté par ses angoisses. Il n’est pas sans âme, sans avenir. Si vous ne faites pas le premier pas, nous ne pourrons pas sortir monsieur Palmier de ce qu’il est. »

Tout du long, l’accusé est resté avachi sur le rebord de son box, tête baissée. « Rien à dire », fut sa dernière déclaration.

Yoni Palmier a été condamné trois heures plus tard à la peine requise par l’avocate générale.

— Julien Mucchielli