« Heureusement, il n'avait qu'une lame de 5 cm »

Dans le box, A. et Z. jurent ne pas se connaître. Rien n’indique le contraire, si ce n’est cette étrange bagarre survenue sur le Champ-de-Mars, le 30 août dernier. Accusé d’avoir volé le sac à dos d’un touriste coréen, A. était pris à partie par des vendeurs à la sauvette. « Par humanité », prétend son avocate, Z. était venu à son secours… avec une lame de 5 cm. Bilan : quatre blessés parmi les détaillants.

« J’étais seul, ils étaient quatre »

A. plisse les yeux, tel un myope. Marocain, il déclare avoir 30 ans, mais en paraît 10 de plus. Dans sa chemise à carreaux, l’homme se tient droit, et nie les faits. Sans pour autant justifier son geste. « Le sac était tombé par terre, je l’ai touché, mais sans le prendre », traduit l'interprète. Traité de voleur, encerclé, frappé, il avait fini par rendre les coups. « J’étais seul, ils étaient quatre. » La présidente n'est pas convaincue : le corps de Z. portait « peu de marques », quand ses « agresseurs » écopaient de plusieurs points de suture et d’une poignée de jours d’ITT.

Un excès de violence imputé à Z., son inconnu de sauveur. Irakien et sans-papiers, Z. traîne une carrure impressionnante. Une montagne de muscles dissimulée sous un sweat blanc informe. Ce 30 août, il n’avait pas hésité à voler au secours d’A., en détresse et s’exprimant dans sa langue maternelle. « Je croyais que ces personnes voulaient tuer monsieur gratuitement, je voulais vraiment le sauver. » L’homme a sauté dans le tas, dégainé le couteau suspendu à son trousseau de clés, l'a enfoncé dans le dos de l’un des vendeurs, avant de tourner la lame dans la plaie et d’attaquer plus superficiellement ses collègues venus en renfort.

Les deux prévenus. (Illustration : Pauline Dartois)

Pour la procureur, A. a bien commis le vol, et Z. « ment ». Il n’a pas agi dans un acte de bravoure désintéressé, mais afin d’extraire son complice. « Quand on sort un couteau, ce n’est pas pour se défendre. Heureusement, il n’avait qu’une lame de 5 cm, car sinon nous aurions pu avoir des morts dans ce dossier. » Elle requiert quatre mois et deux ans de prison avec maintien en détention. Pour Z., s'ajoute une interdiction du territoire français de cinq ans "à cause de sa dangerosité".

L’avocat de A. plaide pour une « peine proportionnée », puis celui de Z. met en doute la version des vendeurs. À la fois témoins et victimes, les commerçants se révèlent plus « costauds » qu’ils n’y paraissent. Présents dans la salle au début de l’audience, ils l’ont désertée avant l’appel de leur dossier. « Ils ont refusé de se constituer partie civile », déplore leur conseil. La défense est sceptique.

Après délibération, le tribunal condamne A. et Z. à respectivement trois mois et 18 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

— Julie Saulnier