En quelque sorte dépouillés

Comparution immédiate. Le tribunal entre. Quatre personnes attendent dans le box. Derrière eux quatre gendarmes. « Affaire n°7. » Deux gamins ‒ pardon, deux jeunes adultes ‒ se lèvent. Abattus, les yeux fatigués comme après une nuit blanche. Jordan, noir, cheveux courts, un tatouage discret sur le cou. Jeffrey, blanc, petit bouc, moustache naissante et pointes de cheveux décolorés. Ils reconnaissent les faits.

Paris, deux jours auparavant. 5 h du matin, fin de la Nuit blanche. Avec trois potes, ils traînent près de la gare Montparnasse, grimpent dans un train, y croisent deux mineurs. « Vous les avez en quelque sorte dépouillés », explique la présidente. Elle raconte : « Pourquoi tu me regardes mal ? », aurait demandé Jordan. « On peut essayer ton sweat ? » Coup de pression. Et on dépouille : casquette, pull de marque, doudoune, deux iPhone S, 81 euros. Police. Garde à vue. Palais de Justice.

D'un air de maîtresse d'école, la juge se tournent vers les prévenus. « Alors, quel a été votre rôle ? Qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez pris ? » Jordan raconte, un peu penaud. Alcool, pétards. Et ils ont repéré leurs victimes lorsqu'elles rentraient dans la gare. « Moi, j'étais d'jà d'accord », assume Jordan. « Vous aviez le sentiment qu'ils avaient peur ? », demande la juge. « Un peu. »

Mauvaises influences

Tout juste 18 ans chacun, parents séparés, tous deux ont quitté l'école en 2nd. Quelques stages, voire un petit boulot en restauration pour Jeffrey. « Des démarches d'insertion restées vaines. » Jordan ? « Gentil, serviable, timide, très agréable à la maison, le décrit sa mère. Mais des problèmes à l'extérieur. » « De mauvaises influences », explique-t-il. Mineur, Jeffrey a eu maille à partir avec le juge pour enfants : port d'arme de catégorie 6 et usage de stupéfiant. Tous deux fument du shit et boivent de l'alcool régulièrement. « De la Desperado et de la vodka », croit bon de préciser la juge.

« Pitoyable »

Au tour de la procureur. Visage marqué, blonde, sévère, sans pitié. « Je trouve ça détestable et, je dis ça en vous regardant, pitoyable. » Elle dénonce, accuse. « On va chercher les plus jeunes, les plus petits, les plus faibles ! On choisi une proie parce qu'elle est la plus faible. » Elle demande dix mois, dont huit avec sursis et mise à l'épreuve d'une obligation de travail, de domicile et de soin. Histoire de régler « un problème de drogue ». Magnanime, elle ne requiert pas de mandat de dépôt, mais elle prévient : « la prochaine fois, ce sera l'incarcération. »

La défense plaide sans se forcer, demande la clémence, rappelle la jeunesse des prévenus, leur reconnaissance des faits. Jeffrey prend la parole avant que le tribunal ne parte délibérer : « Je m'excuse auprès des victimes et leurs familles. » D'une voix grave. Comme une réplique de film.

Six mois de sursis. Deux ans de mise à l'épreuve. Obligation de travail, de domicile et de soin. Le tribunal a été indulgent. Jordan et Jeffrey sortent libres.

— Cosme Buxin