« Des bleus ? C'était pas plutôt son problème de circulation du sang ? »

« Elle parle de gifles, de tirages de cheveux, de coups de poing dans le ventre, note la présidente. Elle ment ? – Pour des trucs, oui. – Vous reconnaissez UNE gifle. Donc, pour vous, elle ment ! – Oui. – Pourquoi elle raconte ça, alors ? – Je sais pas. »

Laurent. Pieds campés sur le sol, droit dans ses Air Max et dans sa ligne de défense. Silhouette en trapèze, balèze, comparaît devant le tribunal correctionnel de Périgueux pour violences habituelles sur sa compagne. Et un épisode précis de violences avec arme, en juillet 2016, lors de vacances au pays basque.

« Vous lui avez planté dans la chair un couteau avec lequel vous étiez en train de cuisiner », indique la présidente. À la barre, les épaules musclées tressautent. « On s'est amusé, on s'est chamaillé, ça a juste fait une griffure ! – Elle dit qu'elle a saigné… – Ben, normal pour une griffure ! »

alt À la barre, le prévenu reste campé sur ses positions. (Illustration : Mathilde Tournier)

Dans le dossier, la victime raconte qu'une nuit, son compagnon l'a enfermée dans le grenier glacial et humide alors qu'elle était simplement vêtue d'une culotte. Une autre fois, elle s'est cachée dans la douche, de peur d'être frappée après lui avoir refusé la pratique sexuelle qu'il exigeait. Une troisième fois, lit la présidente, « vous l'avez amenée dans un bois, vous avez pris une sangle de parachute… » « Pfff ! » Froncement de sourcils de la juge. « Monsieur, ces soufflements ne sont pas vraiment appropriés ! »

« Êtes-vous violent ou impulsif ? – Oui »

La magistrate qui préside l'audience correctionnelle ce jour-là exerce au TGI la fonction de juge d'instruction. Elle sait que les histoires comme ça se terminent parfois aux assises.

Bien sûr, dans ce type de dossier, c'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Mais il y a ce faisceau de présomptions qui vient étayer la thèse de l'accusation. « À différents moments, on trouve des messages de la victime, adressés à sa sœur et à une amie, où elle appelle à l'aide. » Comme le 2 novembre 2016, trois jours avant les faits de violence qui ont valu l'interpellation de Laurent et son renvoi devant le tribunal correctionnel. « Tu me diras de le larguer, lit la présidente, mais il menace de tout casser chez moi. J'ai peur pour mon fils et pour moi. »

Il y a aussi les bleus constatés par le médecin légiste. Laurent, imperturbable : « C'était pas plutôt son problème de circulation du sang ? »

alt La présidente, face au déni du prévenu.

L'irritation commence à ronger le flegme de la présidente. Celui-là, soit il est dans le déni, soit il se fout clairement de sa gueule. Surtout que, lorsqu'elle lui demande s'il estime « être quelqu'un de violent ou d'impulsif ». Laurent répond sans hésiter « oui ».

« De véritables actes d'humiliation »

Son casier judiciaire n'indique pas le contraire. Onze mentions, dont trois pour violences en 2003, 2006, 2011. Deux concernent des violences conjugales sur sa précédente compagne. Laurent se trouve donc en état de récidive légale.

Le rapport de l'expert psychiatre décrit une « personnalité psychopathique », « dans le déni et la minimisation ». Dans son réquisitoire, le procureur ne manquera pas de faire remarquer que les faits reprochés à Laurent ne sont « pas que des violences physiques, mais de véritables actes d'humiliation ».

Mais malgré tout, il y a aussi la compassion de la victime. Fréquent dans les affaires de violences conjugales. C. ne s'est pas rendue au tribunal ce mercredi matin de février. En décembre dernier, elle a même écrit au tribunal qu'elle souhaitait retirer sa plainte. Et demandait, en pointant les problèmes d'alcool de Laurent, « une mesure de soins plutôt que la prison ».

C. est assistante sociale. L'amie à qui elle a confié ses craintes témoigne, dans la procédure, qu'elle n'était plus la même depuis son divorce d'une précédente union. Elle a coupé les ponts avec son milieu social, son cercle de proches a changé, ses nouveaux amis ont « le profil des gens qu'elle accompagne dans son travail ». C'est dans ce contexte qu'elle a rencontré Laurent.

« Il a un énorme travail psychologique à faire »

« Elle était devenue très seule, et il l'a aussi soutenue et aidée », souligne l'avocate de Laurent. Celle-ci tente d'adoucir le profil de cet homme de bientôt 37 ans, intérimaire dans le bâtiment, qui avait encore récemment un « énorme problème avec l'alcool, et est aujourd'hui totalement abstinent ». « Il a un énorme travail psychologique à faire, mais je vous demande une peine proportionnée, avec des soins », plaide-t-elle.

Le représentant du parquet a réclamé un an de prison, dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve (SME) pendant deux ans, avec obligation de soins, de travail ou de formation, et interdiction de se rendre dans le village de l'ouest de la Dordogne où réside la victime. L'attitude de Laurent à l'audience n'a visiblement pas incité la présidente à la clémence. Après un court moment de réflexion, elle décide d'alourdir la peine en la portant à dix-huit mois, dont neuf ferme (sans mandat de dépôt), le reste en SME.

— Mathilde Tournier