Cocue, l'infirmière britannique endort son conjoint dans son porridge

Ce professeur d’Oxford âgé de 62 ans et cette infirmière britannique de deux ans ans de moins, cadre de santé dans un hôpital de la banlieue londonienne, aimaient venir passer leurs vacances dans la demeure qu'ils avaient achetée à Brasparts, un bourg des monts d’Arrée en plein cœur du Finistère.

Mais la relation amoureuse de Marian et Mark, après douze ans, périclitait. D’après Me Emmanuel Araguas, avocat de la défense, Monsieur fréquentait « une actrice américaine et d’autres femmes si j'en crois les échanges de messages ». Madame, elle, s'interrogeait sur les cornes qui commençaient à lui pousser sur la tête.

L'hiver dernier, comme souvent dès que leurs congés le leur permettait, le couple se rend quelques jours en Bretagne « pour y régler des affaires », précise Mylène Sanchez, la présidente du tribunal correctionnel de Quimper, qui juge la sexagénaire ce jeudi 14 décembre 2017.

« Procès du désamour et du dépit amoureux »

Le 19 février 2017, après une soirée que la prévenue juge « plutôt agréable, elle a perdu la raison », poursuit son avocat, qui la représente à l'audience en son absence. Pour lui, ce procès est celui « du désamour et du dépit amoureux : ma cliente est une femme ordinaire à qui il est arrivé quelque chose d’extraordinaire ».

Ce matin-là, comme d’habitude « car elle était une femme très attentionnée avec son compagnon », elle lui prépare son petit déjeuner. Mais il trouve que son porridge a un goût bizarre. Elle en convient : peu de temps avant, elle a broyé six cachets dont deux somnifères à base de plantes et quatre anxiolytiques qu’elle a mélangés au fameux porridge.

Mark tombe dans les bras de Morphée. Rapidement. Profondément. Durablement. Enfin tranquille et malgré ce « stratagème sordide », dit son avocat, Marian fouille dans le téléphone de son compagnon et échange des messages avec sa maîtresse.

Empoisonné, hospitalisé, demi-tour

Au cours de la journée, elle visite un ami à Port-Launay, une commune près de Châteaulin, à quelques dizaines de kilomètres de Brasparts. Puis elle revient. À son retour, elle le réveille. Comme il lui semblait qu’il allait bien, elle s’apprête à rejoindre l’Angleterre via un ferry au départ de Saint-Malo.

Pour elle, la dose qu’elle lui a administrée était sans danger, juste destinée à l’endormir. Pris de vertiges au réveil, il tangue jusque chez leur voisine. Elle appelle les secours et les gendarmes, car il a le sentiment d’avoir été empoisonné. Il est hospitalisé durant deux jours. Quand elle l’apprend sur la route de Saint-Malo, sa conjointe fait demi-tour.

Les analyses montrent que la dose de médicaments qu’elle lui a administrée présente une faible concentration thérapeutique. Interpellée chez eux quatre jours après les faits, le 23 février, Marian reconnaît et assume. « Elle est dans une honte absolue et regrette terriblement. Il lui a d’ailleurs pardonné », lâche son avocat.

« Ils sont restés amis »

En témoigne cette lettre de réconciliation reçue à son cabinet : « Ils ne sont plus amants, mais sont restés amis. Ils passent toujours leurs vacances ensemble. »

Mais pour le procureur Jean-Baptiste Doubliez, il y a des contradictions dans ce dossier : « Le départ précipité pour l’Angleterre et la volonté de jeter les emballages des médicaments dans les poubelles de la commune. » Il souligne « un comportement grave au regard de sa profession d’infirmière ».

L’avocat de la défense balaie ces contradictions, inexistantes selon lui. Il demande une dispense de peine. La prévenue est condamnée à trois mois avec sursis et 1 500 euros d'amende.

— Pierre Fontanier