Benoît Magimel : « Une mauvaise rencontre avec la drogue »

L’audience doit débuter à 9 h 30, mais à 9 h, Benoît Magimel, sobrement vêtu d’un costume gris, est déjà dans la salle. Il est poursuivi pour usage de stupéfiants, blessures involontaires et délit de fuite pour des faits survenus le 11 mars. Il encourt cinq ans d’emprisonnement.

« Acceptez-vous de répondre aux questions ? l’interroge le président.

– Absolument. »

Il a soif de se justifier. Son débit est rapide, pressé, les mots se bousculent. Le récit est gauche et même enfantin. Il parle du monsieur et de la dame, on sent qu’il a eu peur. Qu’il a toujours peur. L’accident du boulevard Exelmans s’est durablement imprimé dans son esprit. L’ensemble est confus, embrouillé, précipité, on peine à le suivre :

« Je me suis arrêté à un feu rouge, j’ai décidé de faire marche arrière et j’ai ressenti un léger choc. J’ai cru que j’avais touché le trottoir. Je suis descendu, j’ai vu une dame allongée, il y avait déjà deux personnes à son chevet. J’ai essayé de la rassurer, le monsieur m’a dit : "Vous ne pouviez pas la voir, elle a traversé hors des passages cloutés." J’étais catastrophé, très inquiet pour cette dame, j’ai cru que je lui avais roulé dessus. On a attendu les pompiers. J’ai dit au monsieur que j’allais garer la voiture, je suis revenu aussitôt. On a attendu les pompiers une dizaine de minutes. La dame était gênée que je sois aussi proche. J’ai dit au monsieur que j’allais garer la voiture chez moi. Je ne reconnais pas le délit de fuite, car je me suis arrêté. Le monsieur a dit : "Je prends les choses en main." Je pensais que c’était un médecin. Je lui ai expliqué que je ne fuyais pas. Je suis rentré chez moi, beaucoup de gens m’entouraient. C’était beaucoup de pression. (…) C’est après l’accident que j’ai consommé. C’est peut-être difficile à croire, je suis un traitement, c’est le genre de choses qui pousse à la consommation. »

« C’est pas moi, Benoît Magimel, je suis son frère »

Revenu sur les lieux de l’accident, Benoît Magimel est rassuré par un pompier : le check-up n’a rien révélé de grave. C’est à cet instant que la situation lui échappe. Face à la foule de badauds qui enfle et bruisse « c’est Benoît Magimel ! », il prend peur et ressent de nouveau « cette pression » qu’il évoque souvent. Afin d’éloigner les curieux, il invente : « C’est pas moi, Benoît Magimel, je suis son frère. » Un mensonge dont il a l’habitude et qui vise à le protéger de sa célébrité. Mais à aucun moment il n’a voulu se soustraire à la justice « comme mon identité était établie, je n’avais pas l’impression de fuir mes responsabilités », explique-t-il.

Lorsque le président lui fait remarquer que son permis était annulé depuis le 30 juin 2015, Benoît Magimel déclare : « Je n’ouvrais plus mon courrier depuis huit mois. » Son ex-compagne a-t-elle pris ce courrier ? Il l’ignore. C’est possible, pas certain. Le président l’interroge sur la thérapie qu’il suit pour lutter contre sa toxicomanie. Benoît Magimel décrit une dépendance triste et solitaire : « Ce n’est pas une consommation festive. Je consomme seul avec beaucoup de honte. C’est une chose difficile à gérer, je fais tout pour me soigner. »

Interrogée à son tour, la plaignante, Fatima, ne livre pas la même version des faits. La sexagénaire déclare dans un filet de voix que « le conducteur n’a pas cherché à lui porter secours ». La marche arrière était « très rapide ». De plus un témoin lui a dit que le conducteur « n’avait pas l’air dans son état normal ». Selon ce même témoin, Benoît Magimel avait bu.

Pourtant le témoin principal confirme les propos du prévenu. Il précise qu’il ne connaissait pas l’acteur, mais qu’il a trouvé l’homme « sincère » et pas particulièrement dans un état anormal. S’il l’avait senti « défoncé ou alcoolisé », il ne l’aurait pas laissé partir. Il ne s’est pas selon lui désintéressé de la victime.
Le procureur se penche sur le suivi médical de l’acteur. Benoît Magimel consulte un médecin tous les deux mois, suit une psychanalyse et assiste à des groupes de parole. Son métier l’empêche parfois de se soumettre à ses obligations avec assiduité auxquelles pourtant il attache de l’importance. « Parfois il y a des rechutes suite à des émotions mais j’essaie de m’astreindre à ce traitement. »

5 000 euros d’amende, « un avertissement important »

Selon le procureur, le délit de fuite n’est pas constitué puisque la personne était identifiable. Il insiste sur le fait que Magimel a manifesté de l’inquiétude, s’est enquis de l’état de santé de la victime auprès des pompiers, et qu’en tout état de cause, s’il a prétendu être son propre frère, Benoît Magimel n’a pas renié son nom. Il demande la relaxe sur le délit de fuite. Ce qui ressort de ce dossier est pour lui un grave problème de toxicomanie. L’injonction de soins ne serait possible que dans le cadre d’un sursis avec mise à l’épreuve. Or cette sanction ne semble pas adaptée à la personnalité de Benoît Magimel. Il requiert 5 000 euros d’amende ce qui pourrait constituer « un avertissement important ».

L’avocat de la défense, Me Garbarini, se dit heureux que ce dossier reprenne de « justes proportions » au vu de la « punition médiatique » subie par son client dont l’image reste « immensément abîmée ». Il remercie le procureur d’avoir relevé que l’attitude de son client avait été très correcte. Il cite les policiers qui eux aussi l’ont décrit comme un homme « courtois, aimable, prenant soin de l’autre et demandant des nouvelles ». Il est tout à fait normal que Benoît Magimel réponde de sa faute, « mais deux jours et trois nuits pour être déféré ! » s’indigne t-il. Son client est un citoyen comme un autre. Un acteur qui a besoin qu’on l’aime, sinon, il ne travaille pas. Et d’insister sur la dureté de ce métier « C’est de la schizophrénie, être acteur. »

« Qu’il puisse repartir la tête haute ! »

L'avocat aborde ce qui selon lui est la vraie question, celle du naufrage personnel de l’acteur. « C’est quelqu’un qui a eu des chocs graves dans sa vie, des ruptures, des ruptures, encore des ruptures et une mauvaise rencontre avec la drogue. »

Mais qu’il puisse repartir d’ici la « tête haute ! » Car lui reprocher d’avoir commis un délit de fuite est une « infamie ». Il demande à ce que son client soit condamné pour usage de stupéfiants et à ce que l’absence de son permis ne soit pas reconnue comme une circonstance aggravante. Il balaie d’un revers de la main la demande d’expertise formulée par la partie civile. Quel lien peut-il bien exister entre les blessures causées à la victime et l’arthrose dont elle souffre ? Comment évaluer un aléa dans ces conditions ? « Je ne suis pas une pythie médicale, s’exclame t-il. Mais le tribunal non plus ! »

Contrit, hésitant, presque scolaire, le récent césarisé achève :
« Je suis vraiment désolé du préjudice que j’ai engendré auprès de madame… »

Délibéré le 24 mai.

— Mathilde Denanot