Il l'agresse et lui demande dix euros pour le cours de boxe

Hicham et Rosalie entrent dans le box en verre de la cour d’appel de Paris. Lorsqu’elle aperçoit ses proches, la femme de 41 ans est bouleversée. Mélange de joie et de nostalgie. De chaudes larmes sillonnent un visage abîmé par la rue, surplombé d’une abondante tresse châtain. Pour Hicham, la quarantaine, lunettes fines vissées sur le nez, les retrouvailles sont plus tièdes. Un simple salut avant de baisser sa figure chétive.

Mi-mai, le couple a été condamné en comparution immédiate pour violences avec arme et vol avec violences. Cinq et trois ans ferme pour Hicham et Rosalie. « Je crois savoir que Rosalie D. souhaite se désister de son appel », s’enquiert la présidente. Toujours sonnée par les retrouvailles, la prévenue redresse son tailleur, bon marché mais élégant, tout en bafouillant des mots inaudibles. Hicham lui prend la main, la regarde avec tendresse. Elle pleure à nouveau. L’avocat de l’homme vient à sa rescousse : « C’est exact, elle ne fera pas appel. – Très bien », se contente de répondre la magistrate, avant de permettre à Rosalie d’assister à l’audience aux côtés d’Hicham, qui maintient son appel. Parce que cinq ans, « c’est cher payé ».

« Je suis adepte de la scarification »

17 mai, 14 h 45. Hicham, sorti d’hôpital psychiatrique deux heures avant, où il traitait sa « polytoxicomanie », est parti acheter du whisky et des bières. Pendant ce temps, gare du nord, Rosalie fait la manche. Lorsque Alexis, jeune freluquet d’une petite vingtaine d’années, refuse de lui donner la pièce, elle explose. Les invectives se transforment en coups. Hicham les rejoint vite, et assiste Rosalie de ses poings. « Elle a un problème avec un gars, je cherche pas à comprendre : j’lui tombe dessus », lâche-t-il. Le « gars » en question a pris cinq jours d’ITT.

Hicham et Rosalie. (Illustration : Pauline Dartois)

Les parents d’Alexis, présents dans la salle, soufflent d’énervement face à la défense d’Hicham. Leur fils prend la parole. « Je sortais du McDonald quand la fille m’est tombée dessus, argue-t-il timidement. Ensuite, son copain est arrivé, a sorti un cutter et a exigé que je lui donne mon portefeuille. – Faux, s’insurge Hicham. C’était pas mon but de le voler, je l’ai ramassé par terre ce portefeuille ! Et puis j’ai pas sorti ma lame. »

« Je suis adepte de la scarification, madame »

« Pourquoi avez-vous cette lame sur vous ? lui demande la présidente.

Je suis adepte de la scarification, madame.

Et la bombe lacrymogène qu’on retrouve sur vous ?

Ben… pour me défendre.

J’ai l’impression que vous avez la capacité de vous défendre tout seul. Pas besoin de lacrymo, ironise-t-elle.

Je ne suis pas quelqu’un de violent.

Ah bon ! » persifle la magistrate, qui feuillette un casier aux 25 condamnations, dont certaines pour violences.

Passé entre les mailles du filet ce 17 mai, Hicham se fait choper à Saint-Lazare quatre heures plus tard… pour une autre agression. « Dites-donc vous aimez bien les gares ! », commente la présidente. Ce coup-ci, Hicham demande un peu de tabac à Gregory. Il refuse. Hicham le tabasse. Puis lui demande dix euros, « pour le cours de boxe ».

« Je crois que tout a été dit »

« Ce dossier peut paraître banal, attaque l'avocat général, mais à bien y regarder, c’est très grave. Il y a eu atteinte à l’intégrité physique, au droit des citoyens à circuler librement et en toute sécurité. » Il ne s’attarde pas sur la culpabilité, qui pour lui est toute faite, mais sur la nature de la peine et son quantum. La nature ? « Je ne vois pas comment il pourrait échapper à une peine ferme, avec ses 25 mentions au casier. » Le quantum ? « Le plancher, c’est trois ans, car il ne peut pas écoper d’une peine moins sévère que madame Rosalie D. » Doit-il être condamné à la même peine ? D’après le raisonnement de l'avocat général, non. « Son passé judiciaire est plus important que celui de la coprévenue. De même que son rôle dans les faits. Le choix de cinq années est donc adapté. »

L’avocat d’Hicham fait valoir que si madame trouve que les trois ans sont légitimes, cela ne doit pas porter préjudice à son client : « Ya des principes fondamentaux », s’emporte-t-il. Quant aux faits eux-mêmes, il note qu’Alexis, la première victime, a traité Rosalie de « salope », avant de concéder qu’ils avaient peut-être « surréagi ». Et de conclure qu’une peine de prison ne pourra faire que du tort à son client, un sursis avec mise à l’épreuve serait plus productif.

Le dernier mot appartient à Hicham, qui botte en touche : « Je crois que tout a été dit. » Il envoie un bisou de la main à ses proches avant de repartir sous bonne escorte. Rosalie, qui s'est faite toute petite pendant l'audience, reprend la main d'Hicham.


La décision est mise en délibéré jusqu'au 30 septembre.

— Félix Roudaut